Nuit en Autriche

Jeunes et fringants, nous étions partis, un bel été, découvrir l’Autriche .

Nous avions passé la journée dans Salzbourg, la ville aux couleurs de Mozart, baignée dans l’ambiance de la préparation du festival. Une ville-musique, fervente, joyeuse, animée, décorée qui nous avait charmé.

Mais nous désirions aussi nous lancer à l’assaut de Vienne, la ville impériale!

Direction l’est.

Après avoir roulé quelques heures, il était temps de trouver un camping.

Premier refus, suivi quelques kilomètres plus tard d’un deuxième.

La nuit nous enveloppait déjà depuis plus d’une heure.

Nous étions en campagne avec peu de possibilités d’hébergement.

Nous décidons donc, malgré la stricte interdiction toute germanique, de nous lancer dans l’aventure du camping sauvage.

Premièrement, s’éloigner des habitations, et dénicher un coin retiré pour la nuit.

Nous nous engageons sur une route boisée.

L’obscurité nous masque en grande partie l’objet de notre recherche, et les phares des voitures ne sont qu’un mince pinceau de lumière qui n’ose la plupart du temps s’aventurer en dehors de l’asphalte, de la civilisation. Une peur ancestrale peut-être? Irraisonnée! Provenant de la nuit des temps…

Mais nous n’avons pas le choix.

Après plusieurs tentatives en empruntant quelques chemins, il faut se décider.

Et ce sera là que nous planterons nos deux tentes, la première pour Agnès et Jean-Rémi, la deuxième pour ma femme Patricia et moi-même.

Mais l’entreprise se révèle plus complexe qu’attendue. Nos yeux sont inefficaces. Les lampes torches également pour obtenir une vision d’ensemble. Et depuis le chemin, les phares des voitures sont bien peureux. L’opération est plus longue que d’habitude. Le froid et la fatigue nous engourdissent. Il faut pourtant déplier les toiles de tente, retrouver les coins obscurs, planter les sardines entre des cailloux en tendant la toile.

La pluie venant à la rescousse de l’obscurité, nous devenons encore plus impatients d’en finir.

Un moment de découragement.

« Et si on dormait dans les voitures? »

« Non, nous y sommes presque de notre côté, et on vient vous aider ensuite! »

Frigorifiés, nous nous infiltrons enfin dans nos deux petites tentes pour nous mettre à l’abri, avec un mince tissu comme amure. La nuit est dehors. A la différence d’hier, nous n’aurons pas pu plonger nos yeux dans cette nuit, ni rechercher les étoiles doubles, ni reconnaître les signes cabalistiques des ours, des casseroles ou de la vierge. Nous recherchons dans notre petit chez nous, malgré le sol en pente et des bosses inexpliquées, un peu de sommeil.

Nuit chaotique, les dos et les bosses se rappelant à notre bon souvenir lorsque le sommeil pointait son nez.

Et après plusieurs tentatives d’apprivoisements, ce dernier nous héberge enfin quelques heures.

Brutalement, des coups de coude me réveillent.

« Bernard, il y a quelque chose dehors…Chut, écoute… »

Enlisé dans Morphée qui rechigne à desserrer son étreinte, j’émerge peu à peu.

« Tu penses que c’est quoi? un animal, un homme? »

On attend un peu, les oreilles déployées.

Le bruit s’éloigne. Ouf!

Puis se rapproche. Aie!

On chuchote entre nous, c’est vrai que nous sommes proches dans notre minuscule havre.

« Et si c’était un ours? »

« Il aurait déjà démonté la tente à la vitesse grand V, avec la nourriture que l’on a dans le sac! »

« Et si c’était un garde forestier? »

« On serait bon pour l’amende! »

Le bruit s’éloigne.

Puis se rapproche.

Après conciliabules, on décide d’affronter le danger.

On sort de notre tente, et l’on voit, tranquille, Jean-Rémi l’insomniaque qui fait les 100 pas.

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